Le bavardage!

2012
05.01

Maudit bavarage!

Ce matin il fait beau! Il y a du soleil et j’entends chanter les oiseaux.
Oui, c’est relativement extraordinaire quand on sait quel job c’est d’enseigner.
Enseigner: tenter (par toutes sortes de moyens empruntant à des carrières telles que celle du dompteur, du clown, du garde-chiourme déguisé en G.O., etc…) tenter, donc, de transmettre une information à 25 mômes (je veux dire: 25 en même temps, 25 simultanément) et ce, la plupart du temps,dans des classes trop petites, ou simplement mal adaptées, mal équipées.

Cette info qu’un jour il m’a semblé égoïste de garder pour moi, c’est le dessin, bien sûr, mais plus largement; les prodigieux bénéfices neuro-cognitifs que procure l’exercice du dessin. Et pas n’importe quel dessin, non, le VRAI dessin, le GRAND dessin, j’ai nommé LE DESSIN SPONTANE, libre et libérateur, original, stimulant et constructif, le dessin pur, celui là qui marche hors des sentiers battus par Walt Disney et les légions Mangas.

Depuis 15 ans, je tâche de partager avec celles et ceux (moins nombreux) qui le souhaitent, tout ce que le dessin m’a appris.

Seulement voila… dans les écoles secondaires (celles où je bosse en tout cas, mais les témoignages que je glane venant d’autres établissements permettent de penser que le phénomène est assez bien répandu), les conditions de travail sont telles qu’il est devenu extrêmement difficile de transmettre en général et de transmettre l’amour du dessin en particulier. Parce que… outre les pupitres minuscules, les chaises droites tellement inconfortables que je me demande si elles ne sont pas l’héritage de quelque sombre  chambre de torture, il nous faut faire face à un fléau abominable qui ronge les plus nobles motivations comme l’acide, j’ai nommé … le BAVARDAGE!

Dans mes classes, il est constant. Je le chasse à gauche, il démarre à droite. Je le sape devant, il renaît derrière. Et je ne parle pas d’un chuchotement discret, timide, un peu gêné de lui-même, non, je parle d’un papotage à haute et intelligible voix, d’un élève à l’autre, d’une rangée à l’autre. On se penche, on se retourne, on gigote et on papote à tout berzingue.

Cependant, ces jeunes gens  sont tous charmant, gentils et drôles. Séparément, il n’y en a pas un qui ne m’inspire la sympathie. Et pourtant, les relations que nous entretenons ensemble, sont bien souvent tendues, voire carrément conflictuelles car le seul moyen dont je dispose pour me faire entendre quand le simple appel au silence est lettre morte, c’est la remarque disciplinaire dans le journal de classe.
Je vis cet état de fait comme une violence faite non seulement à moi-même mais aussi à tous ces jeunes gens contraints et forcés d’être là par un système scolaire obsolète.

J’en ai parlé à l’école. Cherchant une solution, n’importe laquelle, je proposai de donner aux élèves le choix de suivre le cours d’éducation artistique en respectant mes conditions de travail (une seule condition en somme: le silence!) ou de passer ce temps en salle d’étude. Je pensais avoir trouvé là le moyen d’offrir à ceux qui sont disponibles, ouverts, perméables au domaine créatif et artistique une occasion d’en faire l’expérience dans de bonnes conditions et aux autres de mettre à profit ce temps offert pour se mettre en ordre, réviser, etc…
Mais on m’a dit que cela, je ne pouvais pas le faire. On m’a dit que tous les élèves ont le droit de suivre ce cours et que si j’éprouvais de telles difficultés, il me fallait aimer davantage mes élèves!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Je suis restée sans voix. Complètement isolée. Perdue.
Un droit…. certes! Les élèves ont le droit d’accéder au savoir dont je dispose et je n’attends rien tant que de le leur en faire profiter. Ils ont le droit. Absolument! Alors, pourquoi le leur impose-t’on par la force? Pourquoi en avoir fait un devoir? Ils sont TOUS perdant dès lors que ce cours est imposé d’office; ceux qui l’espéraient, parce que l’ambiance de classe est totalement impropre à l’expérience créative, autant que ceux qui n’en ont rien à foutre et qui seraient tellement mieux ailleurs.
J’étais navrée, déçue et frustrée.

Et puis, un an plus tard, hier soir, j’ai trouvé dans le Ligueur un article intitulé: « Il est écrit bavard dans son bulletin… »  et je l’ai lu.
Le soleil s’est mis à briller dehors et j’ai entendu chanter les oiseaux!

Dans cet article, Florence EHNUEL, auteur de l’ouvrage Le bavardage, parlons-en enfin. Pour une classe à l’écoute (ed. Fayard) met sur la table des débats ce sujet brûlant (puisqu’il me brûle!) et offre quelques lumineuses pistes de réflexion qui confirment ce que je savais, pressentais ou supposais déjà. Et, au moment même où j’en arrivais, fatalement, à penser que les difficultés que j’éprouve sont dues à ma propre incompétence, à une incapacité personnelle à attirer, captiver et retenir l’attention des élèves et un défaut pathologique d’autorité… elle dit que
le bavardage non seulement est nocif pour l’apprentissage mais que je n’en suis pas responsable. Car ce salopard nait en amont de l’école, à la maison, en famille. Et s’il a atteint des proportions telles qu’elle parle de « problème grave »,  c’est que la société tout entière y contribue.

Ouf! Je ne suis plus seule à me battre contre des moulins. L’ennemi est réel, identifié, nommé. On a son nom, on sait où il habite. On va pouvoir le chasser,… ensemble?

Bon sang, que le chant des oiseaux est magnifique!

 

 

2 Responses to “Le bavardage!”

  1. serge dit :

    Chère Cécile, pourrais-tu en dire davantage sur ces  » quelques lumineuses pistes de réflexion qui confirment….  » ?

    Merci de cette sincérité si rare.

    Serge

  2. une élève dit :

    C’est très amusant de découvrir cette facette de votre personnalité ! Vos oeuvres sont très fortes et expressives j’aime beaucoup ! j’essaierais de m’en inspirer pour mes futurs travaux :)

    Courage quand aux affreux élèves bavard!

    Bonne soirées, Une élève

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